B comme Les Fêtes de Bellébat

Les Fêtes du Quartier Libre de Bellébat et leurs petites histoires

« Il existe à Orléans un quartier vraiment charmant où chaque dimanche les orléanais prennent plaisir à venir se promener : c’est le quarier de Bellébat. Tous les ans, le 3ème dimanche de septembre, le Comité des Fêtes offre aux habitants du quartier une fête dont la réussite a toujours été parfaite, grâce à l’activité et à la bonne volonté de tous ». Anonyme, « Carnet du Passant » du Journal du Loiret du 25 septembre 1936.

La Fête de Bellébat, ou Fête du Quartier Libre de Bellébat, était organisée par les commerçants de la rue de Bellébat. Elle se tenait à l’angle de la rue du Château Gaillard. Il y avait des attractions foraines, un corso fleuri avec des chars, des activités pour les enfants et l’élection d’une reine. Cela se terminait évidemment par un bal le soir.

La première édition semble avoir eu lieu après la Première Guerre Mondiale, le dimanche 21 septembre 1919. Le programme était alors relativement simple avec fête foraine et jeux divers puis concert par la fanfare la « Guêpe », société de gymnastique qui défilait au son des trompettes de la fanfare, retraite aux flambeaux puis bal gratuit à grand orchestre et illuminations (le 19 septembre 1920).

Le programme de la fête les dimanche 18 et lundi 19 septembre 1922 est plus cossu, constitué d’une course de lenteur à bicyclette, d’une course de grenouilles, d’une course à pied, d’un concours de pêche, d’un concours de bicyclettes fleuries, d’un jeu de la poêle, d’un concert par le Cercle Gambetta, d’une retraite aux flambeaux et d’un grand bal gratuit à l’angle des rues de la Pellerine et Bellébat.

Le défilé de 1932 rassemble la fanfare du Cercle Gambetta, des bicyclettes fleuries et des enfants costumés qui accompagnent le char de Bellébat place Albert Ier. A 14h30 le cortège se met en branle et parcours le Boulevard Alexandre Martin puis le Faubourg Saint Vincent, les rues du Château-Gaillard, du Poirier Rond, de La Pellerine et Bellébat. Les enfants sont ensuite présentés aux invités et chantent en chœur le chant de Bellébat. A 16h est organisé un lâcher de pigeons. Puis Le Cercle Gambetta assure un concert durant lequel des gâteaux sont distribués aux enfants. A 20h30 la fanfare se rassemble rue de la Claye en vue de la grande retraite aux flambeaux avec flammes de bengale. La soirée se poursuit avec bal champêtre à grand orchestre avec accordéon et jazz. Le lundi à 15h, rassemblement des enfants pour le défilé rue de la Claye pour une nouvelle retraite aux flambeaux suivant le même itinéraire que la veille, avant un temps dédié aux jeux puis, à nouveau, un bal. Pour l’occasion le quartier est éclairé électriquement (aux bons soins de M Derouette, électricien, d’après le Journal du Loiret du 14 septembre 1933). Les habitants sont invités à pavoiser et illuminer leurs maisons et à laisser les décorations pendant les deux jours de fêtes.

En 1936, un auteur anonyme ami de la rédaction publie dans le « Carnet du Passant » du Journal du Loiret du 25 septembre un texte très personnel et engagé intitulé « Quelques échos de la fête de Bellébat » dans lequel livre quelques piques politiques et une attaque en règle de l’un des organisateurs, M Fauconnet, par ailleurs conseiller municipal peu apprécié par l’auteur. L’auteur remarque que, en plus des drapeaux tricolores, des drapeaux rouges apparaissent dans les décorations aux cotés des drapeaux tricolores, sans doute pour montrer quelques sympathies avec le gouvernement anarcho-communiste de Catalogne. Par ailleurs, l’Internationale a été entonnée dans certains cafés et dans certaines rues. D’après l’auteur, ceci a amené l’indignation de ceux qui considèrent que la politique n’a rien à voir avec les fêtes de quartier et que la manifestation d’opinions n’est qu’une goujaterie de la part de ceux qui s’y sont livrés. S’ensuit une attaque en règle de M Fauconnet (, qualifié de poète-chansonnier, sans doute auteur du « Chant de Bellébat » ou « La Meunière de Bellébat« , chant-marche dédié au quartier sur l’air de « La Meunière ». Selon l’auteur, personne ne connaissait la chanson, qui était vendue 50 centimes sans la musique, qui fut au final un four. Les habitants auraient tenté de reprendre la chanson sur l’air de l’Internationale mais sans succès, les poésies et chansons de M Fauconnet étant impossibles à mettre en musique. La suite est du même calibre et rhabille M Fauconnet pour l’hiver. L’intérêt principal de ce pamphlet contre M Fauconnet réside dans les paroles du 8ème couplet livrées par l’auteur :

  • Puis à Bellébat tous on remerciera
  • Le Comité qui s’est occupé d’ça
  • N’a ménagé ni son temps ni ses peines
  • Et puis toujours sans faire des manières

Une réponse est apportée dans la même rubrique par le Président du Comité des Fêtes dans l’édition du 30 septembre 1936. Elle est savoureuse, tout autant que la réponse de « Le Passant » qui définit M Fauconnet comme « Le Maire de Bellébat ».

Dans l’édition de 1938 de la Fête de Bellébat, il est question d’une incinération de Son Eminence Bellébat (sans doute équivalente eu bucher promis au mannequin de la Fête de l’Argonne). Il est aussi fait mention de plusieurs chars dont celui du Poisson Géant et de ses petits pêcheurs, du gigantesque char du Cygne avec ses jolies filles bien costumées, du char de la Radio sonore, et enfin du char de Bellébat. Les gâteaux et rafraichissements sont offerts par la Maison Machicoisne. La Fête fut survolée par trois avions le 18 septembre.

Il semblerait que les fêtes d’avant-guerre aient eu plus de lustre que celles de l’après-guerre. Toutefois, les témoignages et documents transmis par Serge Racinoux révèlent le faste des quelques fêtes qui ont eu lieu entre 1945 et 1950.

Par exemple, en ce mois de septembre 1947, la Reine de la fête de Bellébat c’était Jacqueline (11 ans, sœur de Serge Racinoux). Sa magnifique robe à la Blanche-Neige a été intégralement taillée et cousue à la main pour l’occasion par sa mère.

Le jeune page en culottes courtes qui tient la traîne, c’est le frère de Serge et Jacqueline, Claude, qui avait alors 9 ans.

Sur la photo avec le char fleuri, on voit un restaurant qui n’a pas pu être identifié (une idée ?). Peut-être était-il accolé, et appartenait au bar-épicerie venelle de Gien. Les fenêtres de la maison voisine pourraient laisser à penser qu’il était plutôt situé à l’emplacement des parkings à l’angle de la venelle de l’Ecu Bellébat, presque face à la rue de la Pellerine. Comme les chars fleuris, parcouraient avec fanfare les rues de tout le voisinage depuis le faubourg Bourgogne jusqu’à la rue de l’Argonne, le restaurant pouvait être ailleurs aussi.

D’après les témoignages, la dernière fête aurait eu lieu en 1950 ou 1951. C’est ce que confirme cet article de presse de 1950 (non sourcé).

Auteurs : S. Racinoux et J. Jacob

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