O comme Olympia Cormier

Olympia Cormier est née à Marchenoir en 1880. Elle entre à l’Ecole normale d’institutrices du Loiret, rue du faubourg Saint-Jean à Orléans, en 1896, puis, exerce son métier d’institutrice dans le département, de 1899 à 1936. En 1933, elle est nommée directrice de l’école des filles de la rue du Château-Gaillard.

Forte personnalité, n’hésitant pas à défendre ses idées, attachée à la défense de l’école laïque et de la République, Olympia Cormier est aussi une pédagogue novatrice, en avance sur son temps et une féminisme engagée. Elle est aussi, tout au long de sa carrière professionnelle, une militante active au sein du Syndicat national des instituteurs, à la Ligue des Droits de l’Homme, dans la Société d’études historiques et géographiques de la région parisienne et encore au sein de l’Association des anciens élèves de l’école normale.

Le 8 juin 1944, elle est arrêtée par la Gestapo puis transférée au camp de déportation de Ravensbruck, en Allemagne, où elle décèdera, le 3 mars 1945. Elle aurait été arrêtée à cause de ses idées politiques, de ses engagements syndicaux et de son amitié pour Marcel Bouguereau (maire de Gien désigné par le gouvernement de Vichy) suspecté d’aider la Résistance.

L’établissement de la rue Château Gaillard qui comportait 5 classes en 1933, porte aujourd’hui son nom.

La plaque dédiée à Olympia Cormier dans l’école qui porte son nom, rue Château Gaillard, à Orléans. Crédit photo : Luc Lordet
L’entrée de l’Olympia Cormier, rue Château Gaillard, à Orléans. Crédit photo : Luc Lordet

Auteur : L. Lordet

Référence : « Olympia Cormier : Un destin d’institutrice, de Marchenoir à Ravensbrück ». Gérard Lauvergeon et François Printanier. Association des anciennes et anciens élèves des écoles normales et de l’IUFM du Loiret (2005)

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N comme Théophile Naudy

« mon maître,  mon père » (Charles Péguy)

Beaucoup d’habitants du quartier de l’Argonne connaissent la rue Théophile Naudy pour avoir accompagné leurs enfants à l’école Charles Péguy qui s’y trouve, sans pour autant connaître Th Naudy. Le rapprochement de ces deux noms ne doit pourtant rien au hasard, comme nous le verrons ensuite.

Panneau de la rue Théophile Naudy à Orléans

Théophile Naudy est né le 14 novembre 1847 à Paris (XIVe). Son père Jean-Pierre est « chef d’institution », i.e, responsable d’un établissement d’enseignement et sa mère, Eugénie Pierron, sans profession. Théophile se marie le 14 août 1872 à Ursule Van de Weghe et ils auront une fille, Marthe, née en 1874. Il décède à Paris (XIVe) le 12 janvier 1928.

Après une carrière d’enseignant, Th Naudy est nommé, en 1881, directeur de l’Ecole normale d’Orléans du Fg Bourgogne qui venait d’ouvrir pour la rentrée de 1878. Il restera à ce poste jusqu’en 1899 avant d’être promu inspecteur primaire du département de la Seine.

Théophile Naudy, directeur de l’Ecole normale d’Orléans (1881-1899) avec une promotion de 3ème année
Théophile Naudy, directeur de l’Ecole normale d’Orléans (1881-1899) et l’équipe de direction

Th Naudy prend donc la direction de l’Ecole normale à un moment où l’école républicaine est en plein développement. La gratuité des écoles primaires est décidée en 1881 (Loi Ferry) et la loi de 1882 rend l’enseignement obligatoire. Il est manifestement très en phase avec ce mouvement d’émancipation et contribue à son rayonnement en publiant, un an après sa prise de fonction, un livre intitulé : « L’École – Éducation et instruction en commun ».

Couverture du livre de Th Naudy – L’Ecole – Education et instruction en commun – 1882

Il destine  ce livre aux élèves-maîtres des écoles primaires et en fait une espèce de vademecum. Il fait à cette occasion le point sur les directives du moment en matière d’éducation et souligne les avancées les plus récentes en matière de pédagogie, d’organisation du temps scolaire, de discipline (douceur et fermeté), plaçant toujours l’instituteur, le maître, au centre du dispositif mais en insistant aussi sur la nécessité d’une formation de qualité. Enfin il n’oublie pas les parents et  recommande « de les « mettre  à même de suivre les progrès ou les défaillances de leurs enfants ».

La retraite venue il juge utile de rassembler ses idées dans un long article intitulé : « Depuis 1880- L’enseignement primaire et ce qu’il devrait être ». Après avoir marqué son attachement à la République et aux fondements du système d’éducation ( gratuité, laïcité et enseignement obligatoire ) il souhaite promouvoir un débat pour donner plus de cohérence en aboutissant « à une loi organique qui devienne comme la charte morale de la République française ». Il prône plusieurs réforme en matière d’organisation du ministère en insistant sur la nécessité de s ‘appuyer sur l’expérience pédagogique de terrain pour lutter contre la bureaucratie. Il insiste aussi sur l’intérêt qu’il y aurait à mener des expérimentations dans quelques départements avant de légiférer. Jean Zay, 33 ans plus tard mettra en œuvre cette méthode. Th Naudy publie cet article dans la Cahiers de la quinzaine  (7ème cahier – 14e série) de Charles Péguy. Ainsi 32 ans après la rencontre du maître et de l’élève se referme la boucle de l’amitié.

On sait que Th Naudy a « repéré » le jeune Charles quand celui-ci était élève de l’école d’application de l’École normale dont il venait de prendre la direction, puis qu’il est intervenu pour qu’il obtienne une bourse municipale et insista ensuite pour qu’il entre en sixième. « il faut qu’il fasse du latin »dira alors Th Naudy. Il intervient encore pour que Ch Péguy obtienne une bourse complète  quand il était élève au Lycée Lakanal..

Personne, mieux que Ch Péguy n’a rendu hommage à Th Naudy. Quelques citations de son livre l’Argent en témoigneront : « M Naudy était soucieux de fonder, nullement de se faire une carrière personnelle. Il avait ce tempérament de fondateur qui est si beau, qui fut si fréquent dans les commencements de la République  J’avoue que c’était une rudement belle chose que cette École normale…». Plus loin : « Dirai-je qu’il me distingua. Ce serait parler grossièrement. Il se fit bientôt mon maître et mon père ». Et à propos de l’article dont il a été question ci-dessus : «  nous avons cette bonne fortune qu’il va nous être parlé d’un métier, par un homme de ce métier,…par un homme de grand sens, d’esprit ouvert…Les idées qui commencent à circuler…il les a eues, celle qu’il fallait, quand il fallait, depuis longtemps, puisées dans une longue  expérience ».

La ville d’Orléans donne en séance du Conseil Municipal du 12 avril 1974 le nom de Théophile Naudy à une rue d’Orléans reliant la rue Malakoff à la rue Saint-Marc (rue de l’ancienne école d’application de l’EN – école Charles Péguy) .

Auteur : R. Blondel

Références :

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M comme Maison Barillet

Il existe à Orléans trois maisons d’habitation représentatives du courant architectural dit « Art nouveau » : 10 quai Barentin, 7 bis route d’Olivet et 46 rue Saint Marc. Ce courant s’est développé en France et dans toute l’Europe à partir de l’Exposition universelle de Paris de 1888 et qui a connu son apogée vers 1905.

Crédit photo : Luc Lordet

En 1905 Georges Barillet rachète à Auguste Vénard la propriété sise au 46 rue Saint Marc. Georges Marie Barillet est un enfant du quartier, né en le 31 août 1872 de Etienne Honora Barillet, charpentier, et de Euphémie Eugénie Philomène Mathieu, fruitière, qui habitaient dans le faubourg Saint Marc, au 75 rue de la Fosse au Diable. Entrepreneur en bâtiment, il se marie en 1897 à Berthe Boucher. Berthe est la fille d’Edouard Boucher, l’un des photographes précurseurs à Orléans à cette époque. M Barillet décide de « se faire plaisir en construisant sa propre maison ». Il construit sa maison en 1905. Pour raisons familiales, il n’aura que très peu habité les lieux, de 1907 à 1909. Leur fille Renée naît en 1903 et leur fils George en 1910. La famille Barillet reste propriétaire de la maison jusqu’en 1964. George Barillet déménage pour le 13 avenue du Cimetière Parisien à Pantin (Seine-Saint-Denis) où il décèdera en 1957.

La maison a ensuite été occupée par plusieurs locataires entre 1910 et 1928 (Louis Gousselin en 1910 qui loue un bureau, puis George Fernand Bellanger-Canton, André Faure-Brocvelle et Léon Grandperret). A partir de 1933 la maison est occupée par Jean Grosbois, qui y tenait son cabinet de médecin du quartier. A partir de 1948, la location est au nom de sa femme, Simone, avocate au barreau d’Orléans. Les époux rachètent la maison en 1964. Jean Grosbois résidera dans cette maison jusqu’à sa mort en juillet 1997. Jean Grosbois, résistant, a été adjoint de la municipalité Pierre Chevallier dès 1944. Il a été conseiller général du canton Orléans Saint Marc – St Jean de Braye de 1944 à 1976. Tête de liste aux élections municipales de 1971, il est ensuite 1er adjoint de René Thinat élu maire à l’issue de cette élection. Dans le quartier, une ruelle rejoignant la rue de Bellébat, porte le nom de Jean Grosbois.

La composition de la façade relève de l’excentricité, et était sans doute une volonté du maçon de démontrer son savoir-faire. Le jeu sur l’alternance de pierre meulière, d’ardoise et de brique blanche est intéressant et les motifs décoratifs utilisés témoignent d’une véritable connaissance des motifs Art Nouveau, d’inspiration japonisante, avec des motifs végétaux de pierre calcaire (chardons, masque de sirène, algues, stalactites, filets d’eau. L’accumulation des motifs décoratifs que l’on retrouve dans cette maison a conduit les détracteurs de ce courant esthétique à le qualifier de « style nouille ». Les façades et toitures sont inscrites par arrêté du 14 septembre 1994 à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques.

Auteurs : R. Blondel, L. Lordet et J. Jacob

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L comme Alice Lemesle

Alice Lemesle est considérée par beaucoup comme la grande bienfaitrice du quartier de l’Argonne.

Née Alice Alphonsine Marie Gauthier le 27 avril 1887 à Orléans de Alcide Edmond Gauthier et de Marie Félicie Haury habitant au 192 rue de la Fantaisie dans le Faubourg Saint Marc, elle passera toute sa vie dans sa maison au 10 rue du 11 novembre qui, à cette époque, ne comportait qu’un rez-de-chaussée.

Le 14 février 1912, elle épouse Henri Lemesle (28/07/1888 – 13/02/1959). Ils ajoutent un étage à l’ancienne maison pour le couple qui n’aura pas d’enfant. Le foyer cultive la vigne et les arbres fruitiers. Le quartier, à l’époque, a peu d’habitations, mais de nombreux champs avec diverses cultures.

Le quartier s’anime en 1916 après la création de l’Usine d’Ambert, puis en 1930 avec la création de la Cité Rouge et de la Cité Bleue, puis l’arrivée des commerçants. En 1939 la famille d’Alice Lemesle fait don d’un terrain pour la construction d’une église. Un baraquement provisoire destiné au culte y est construit. Ce don initial est à l’origine de grandes réalisations sociales dans le quartier. Il subsistera jusqu’à la construction de l’Eglise Don Bosco en 1962.

En 1941, un autre baraquement est construit sur ce terrain par le Secours National. Il sert à divers services sociaux (dispensaire, consultations de nourrissons, garderies, aide aux mères, surveillance des devoirs et salle pour les vieillards). Appelé Centre Jeanne d’Arc, il prend une importance croissante. Madame Millard en est la présidente et est secondée par Alice Lemesle. Le Centre Jeanne d’Arc est inauguré en septembre 1942, et la Chapelle attenante bénie en même temps, en présence des autorités civiles et religieuses. Plus tard seront ajoutés trois douches, une salle de bains, une machine à laver le linge, puis, grâce à l’aide financière de la municipalité, on organisera la distribution de soupe et en 1946 le gouter des personnes âgées.

En 1961 un nouvel immeuble est construit par les Allocations Familiales rue du Grand Villiers. Une salle y est réservée le lundi après-midi pour les personnes âgées. Le Foyer Jeanne d’Arc s’y installe avec toujours Mesdames Millard et Lemesle à la direction. Le baraquement de l’ancien centre social est détruit.

En 1966 Madame Alice Lemesle fait don d’une partie de son terrain à la ville pour la construction d’un foyer pour personnes âgées, dont elle est très soucieuse et, pour lesquelles elle s’est dévouée. Alice Lemesle nous a quittés le 13 juin 1969. La maison est restée vacante jusqu’à la construction du Foyer Alice Lemesle en 1977 par la ville d’Orléans.

Alice Lemesle savait donner de sa personne. Lorsqu’un groupe du Foyer Jeanne d’Arc allait à la Châtaigneraie, chacune emportait son pique-nique. Madame Lemesle apportait le dessert : une bricohe qu’elle confectionnait elle-même et pour laquelle elle n’hésitait pas à se lever la nuit, si la pâte était prête à cuire, pour la mettre au four et la surveiller.

Références :

  • Fiches auxiliaires cadastrales, Archives Municipales et Communautaires d’Orléans – Rue du Onze Novembre.
  • Registre des naissance à Orléans, année 1887 – Vue 164 sur 286
  • Journal d’Alice Lemesle

Auteur : Lydie Gascoin – et extraits du Journal d’Alice Lemesle

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K comme Kiproko

Le Kiproko est une boite de nuit qui a connu son heure de gloire éphémère dans les années 1980. En effet, elle proposait déjà des gogo danseurs, ce qui était révolutionnaire pour l’époque.

En 1969, le fonds de commerce de la Villa Sébastopol est revendu à M Demesens qui le revend ensuite en 1971 à Bertrand Philippe et Tony Gomez. Ceux-ci, associés à Guy Pajon ( fils de Roger Pajon, ancien exploitant de la Villa Sébastopol ) obtiennent le changement d’activité pour en faire une boite de nuit : Le Kiproko.

Le Kiproko est partiellement détruit en 1982. Sortant de prison pour avoir tiré au fusil à grenaille à l’entrée de la boite de nuit (ce qui a causé la fermeture administrative du lieu), Xavier Philippe (le frère de Bertrand) y met volontairement le feu.

Le Kiproko après l’incendie de 1982. © La République du Centre

Il récidivera en 1986 avec sa discothèque La Péniche, située sur les quais de Loire.

La Péniche au lendemain du 25 août 1986. © La République du Centre

Louis Petit, qui était toujours propriétaire de la villa, décide de ne pas reconstruire sur les cendres du Kiproko et vend la propriété à la société de crédit immobilier La Ruche qui construira des logements HLM, toujours en place en 2019.

Références :

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J comme Collège Jean Rostand

Historique

Dans sa lettre 11 mai 1962, l’Inspecteur d’Académie décide l’ouverture de deux classes de 6ème annexées l’une à l’école des garçons rue du Grand Villiers et l’autre à l’école des filles rue du Grand Villiers. Les décisions d’acquisition des terrains sont rapportées dans différents comptes rendus de Conseil Municipal de 1962.

Sont alors construits en 1963, sur des terrains comportant des vergers et des garages (voir photographie aérienne de 1961) appartenant à Henri Lemesle, des baraquements bleus et blancs en préfabriqués (type SOFACO, en rez-de-chaussée exclusif, sans fondations mais montés sur parpaings) qui accueillent des classes sous forme de Groupe d’Observation Dispersé (des 6ème puis des 5ème dans un premier temps). Il n’y avait alors que trois préfabriqués de deux classes (A, B et C, voir plans et photographie aérienne de 1964), les autres sections étant hébergées dans les écoles voisines, et un garage. Un groupe de 2 classes mobiles est affecté par le Préfet du Loiret par décision du 19 mai 1962.

Le collège a officiellement été créé en septembre 1966 sous l’appellation « Collège d’Enseignement Général de l’Argonne » qui deviendra indépendant de l’Ecole du Grand Villiers à la rentrée 1966. Son directeur est alors monsieur Maurice Papet.  Dès sa nomination, celui-ci réclame auprès du maire d’Orléans l’équipement d’un bureau et de deux classes préfabriquées. Sa demande est refusée par le Maire qui la transmet tout de même à l’Inspecteur de l’Enseignement Primaire pour une éventuelle attribution de deux classes du Parc départemental. Celui-ci refuse également. Le collège devint « Collège Enseignement Secondaire Municipal Mixte » en 1971, l’un des rares collèges municipaux à l’époque.

1963

Image 1 parmi 13

1963

Ce n’est qu’en 1972 que le Préfet du Loiret, sur proposition de l’Inspecteur de l’Académie, met à disposition deux classes mobiles du Parc départemental (voir plus haut). En 1972 le collège compte donc cinq préfabriqués (s’ajoutent les bâtiments D et E), et désormais des sanitaires et une cuve à fioul (voir carte et photographie aérienne de 1971). Un nouveau préfabriqué est (F) est implanté en 1973 dans le cadre d’une extension à l’ouest du terrain et deux préfabriqués supplémentaires sont envisagés encore plus à l’ouest. La construction d’un plateau double d’éducation physique est votée par délibération du Conseil Municipal le 23 mars 1973, et bénéficie d’une subvention de 55.000 F par l’Etat. Sont envisagés également la construction d’un préau, d’une piste droite, et l’emplacement d’un gymnase (voir avant-projet sur les plans de 1973). Seul le préau métallique verra le jour. Sa construction, en lieu et place d’anciens garages, a été validée par délibération en Conseil Municipal du 23 mars 1973 et confiée à l’entreprise Doublet-Festitub. Jusqu’en 1973, le terrain du collège était contraint à sa partie sud. Ce n’est qu’en 1973 qu’est envisagée l’acquisition des terrains au nord pour accueillir de nouveaux préfabriqués. En effet, à l’occasion du réaménagement et de l’extension du C.E.S St Marc en 1974, quatre classes mobiles de type SOFACO sont transférées au C.E.S. (classes 13, 14, 15 et 16 sur les plans), les autres étant attribuées à l’Ecole Normale d’Instituteurs. Le démontage et remontage de ces classes mobiles, ainsi que divers travaux, sont confiés à l’entreprise Guillen.  Le bâtiment « Aluminium » (H sur la carte), qui servait de salle polyvalente pour les réunions, les projections, a été ramené du Lycée de La Source en 1975. En 1975, le C.E.S bénéficie également d’un nouveau groupe de classes mobiles du Parc National. Au final, à cette date, le collège comptait 7 préfabriqués (A, B, C, D, E, F et G), un bloc sanitaire et un préau. Une nouvelle délibération du Conseil Municipal le 27 juin 1975 valide la réalisation d’un plateau sportif, confiée à l’entreprise Helleboid. Le financement est assuré pour partie par l’état (31.200 F sur 48.000 F). Ce plateau, censé remplacer le verger dans lequel les élèves chapardaient pommes et cerises, ne verra finalement pas le jour. La cour, qui était une véritable pataugeoire à boue, est tout de même décapée et goudronnée par l’entreprise Helleboid, dans le cadre d’un marché gré-à-gré passé par la Ville d’Orléans.

Le bâtiment A hébergeait le bureau du directeur, les archives, un secrétariat et 1 classe. Le bâtiment B contient deux salles : une pour les sciences et l’autre pour la technologie. C’est l’entreprise Bornhauser Molinari et Cie qui a été chargée de l’aménagement des salles de sciences (plomberie/sanitaire). Les bâtiments C, E et F comportent chacun deux classes tandis que le bâtiment D héberge également d’une salle des professeurs. A l’exception du bâtiment G accueillant la chaufferie et donc équipé d’un chauffage central, tous les autres bâtiments sont chauffés au moyens d’appareils indépendants fonctionnant au fuel.

Par décret du 3 mars 1977, le collège est nationalisé au même titre que cent soixante-huit autres collèges d’enseignement secondaire. Il est baptisé Collège Jean Rostand en 1979. Deux nouveaux préfabriqués (I, J) sont construits en 1977, puis un garage à cycle en 1979, avant que quelques arbres ne soient plantés dans les cours en 1981.

En 1982, les préfabriqués à l’est de l’emprise sud (A, B, C, D, E – voir plans) et les sanitaires, délaissés à l’occasion de la construction du nouveau collège (voir plus bas), sont destinés au relogement du Service des Examens. Les préfabriqués I et J (voir photographie aérienne de 1983) à l’ouest du terrain sont démontés de manière à percer l’Impasse du Cardinal Morlot. Une piste d’éducation routière est mise en place dans la partie nord de l’emprise en 1984 (voir carte de 1984). Elle était toujours visible en 2018 (voir photographie aérienne de 2013). La plupart des baraquements restants ont été détruits en juin 1988 (témoignage de C. Gailliard, photographie aérienne de 1989 et plans), après avoir servi de salles de sport. Seul le bâtiment G, qui a longtemps été utilisé comme dojo, subsistait encore en 2018. Un nouveau bâtiment hébergeant le Syndicat des Enseignants de l’UNSA est construit sur le terrain entre 1995 et 1998, au 4 Impasse du Cardinal Morlot.

L’état final du collège résulte d’une politique d’aménagement opportuniste, avec des phases de récupération de préfabriqués « mobiles » en provenance d’autres établissements, et en lien avec l’évolution démographique du quartier. Certains des baraquements, initialement conçus pour durer 3 ans, ont tenu 17 ans. Mais dans quelles conditions ! En été, la température dans les locaux pouvait atteindre 35 °C. En hiver, le concierge allumait quatre poêles qu’il fallait nourrir de 400 litres de fuel à 5h le matin, puis le midi (ils tenaient à peine à 8h) : « Mais l’hiver, là c’était autre chose. On commençait les cours à 8h00. Souvent la chaudière, démarrée vers 5h00 par le concierge, tirait pas encore au mieux… je me souviens d’une grève des profs, qui refusaient de faire cours en dessous des 16 degrés. Ce matin-là, il faisait 14 dans la classe d’Allemand… pas terrible pour se concentrer. C’est arrivé souvent. » Christophe Gailliard. De l’avis de nombreux anciens élèves, l’ambiance était chaleureuse et familiale.

Les planchers et les murs s’écartaient, laissant parfois pousser les herbes entre les lames qu’il a fallu resserrer par des câbles. Les sanitaires étaient sans chauffage et sujets aux caprices du vent. Une boite aux lettres servait aux enfants pour glisser leurs tickets de cantine. Les réclamations des parents d’élèves et des professeurs pour des constructions « en dur » en lieu et place des constructions provisoires sont confrontées aux promesses récurrentes des pouvoirs publics.

Parents d’élèves et professeurs du C.E.S (provisoire) de l’Argonne demandent des bâtiments en dur – La République du Centre, 17 décembre 1971.
Vif mécontentement des parents d’élèves du C.E.S. de l’Argonne qui réclament une construction en dur – La République du Centre, 17 décembre 1976.

Vers 1975/1976, les enseignants, menés d’après les témoignages, par René Métrégiste, entrent en grève, dénonçant les conditions de travail. Le 22 mars 1979, A. Naudin, alors Principal du collège, adresse une lettre au maire d’Orléans pour demander en urgence des travaux sur le chauffage. La Président du Conseil Local de l’Argonne, Mme C. Jaunet, écrit, elle, au Président de la République en mai 1979 : « Implanté dans un quartier déjà défavorisé, ce collège fonctionne dans un ensemble de bâtiments provisoires vétustes pour la plupart. En effet, certains d’entre-eux démontés, transportés et ré-implantés ont plus de vingt ans d’âge et leur état précaire donne de grosses inquiétudes au directeur, aux enseignants et aux parents ».

Un nouveau site et de nouveaux bâtiments en 1982

Après dix-sept années dans des installations précaires (335 élèves l’année précédant la clôture) au 61 avenue de la Marne, le nouveau collège Jean-Rostand, situé au 18 rue du Nécotin, entre en activité le 14 janvier 1982 et devient l’un des premiers collèges en ZEP.

Locaux définitifs dans un an pour le collège Jean Rostand à l’Argonne – La République du Centre, 24 et 25 janvier 1981.
Après dix-sept années dans des installations précaires, le nouveau collège Jean Rostand est entré en activité – La République du Centre, 11 février 1982.

Construit par l’entreprise Dalla-Verra sur des plans de l’architecte Saubot, la direction des opérations fut confiée au cabinet Blareau, Dufour, Rieder. Le bâtiment est établi sur le même modèle que les collèges de Briare et de Joué-les-Tours. Sur un terrain de 11600 m², la surface du bâtiment est de 6000 m² sur deux étages qui permettent d’accueillir 600 élèves. Le bâtiment comprend alors au rez-de-chaussée une conciergerie, un cabinet médical, deux groupes sanitaires, trois salles de sciences, une salle de collections, une salle polyvalente-restaurant, deux salles de physique et un hall d’accueil avec salle d’exposition. Construit sous le maire Jacques Douffiagues, il bénéficie d’une forte participation financière de la mairie (4.481.000 F contre 12.305.000 F de l’Etat). Le proviseur de l’époque était M Couroux qui n’a pas été fâché d’intégrer ces nouveaux locaux.

François Hollande, alors Président de la République, a visité le collège Jean Rostand le 1er septembre 2016. Mme Keller en était alors la principale. Depuis la rentrée 2019, c’est M Fix qui est le Principal du collège. Mme Dossier, Conseillère Principale d’Education, au collège depuis 1986 a pris sa retraite en 2019.

La mauvaise réputation ?

Associé à l’Argonne, le collège a longtemps souffert d’une mauvaise réputation sans doute pas méritée si l’on en croît les témoignages. Pourtant, M Couroux, Principal du collège en 1982, indiquait ne pas avoir plus de difficultés dans ce collège que dans d’autres mais préférer l’utilisation de nom Collège Jean Rostand plutôt que Collège de l’Argonne car l’image peu favorable que véhiculait le quartier rejaillissait sur lui. Christophe Gailliard rapporte ainsi que, le jour de son arrivée en classe de seconde, son enseignante du Lycée Jean Zay les avait placés, lui et une camarade provenant également du collège Jean Rostand, au dernier rang, laissant les premières places aux élèves en provenance de collèges plus hupés. Il termine son témoignage sur ces mots :  » Oui, ce matin-là, comme les 4 années qui allaient suivre (j’ai tellement aimé la seconde que j’en ai fait une seconde), l’Argonne était dans mon cartable. Sur le moment, j’en était confus. Avec le recul, j’en suis fier ».

Le collège Jean Rostand est entré dans le réseau UNESCO le 13 novembre 2012. Il a eu les honneurs du journal l’Express qui le présente comme le meilleur collège Rep+ de France, avec un taux de réussite de 95% au brevet en 2016 contre 68% en 2008. Ce renversement de réputation serait lié à sa politique éducative innovante et à la mobilisation de tous.

Un nouveau collège à la rentrée 2020

Un nouveau collège devrait voir le jour à la rentrée 2020. Localisé le long de l’Avenue des Droits de l’Homme, à proximité du Parc de la Fontaine de l’Etuvée, ce nouvel établissement accueillera 664 élèves, dont 64 en Segpa (sections d’enseignement général et professionnel adapté), sur 6559 m². Il remplace le collège Jean Rostand jugé trop vétuste, qui accueillait 250 élèves. L’objectif est également d’augmenter la capacité du collège, notamment en raison de la forte augmentation démographique du quartier, avec près de 400 nouvelles résidences construites dans la ZAC de la Fontaine. Un gymnase de 1600 m² et une salle polyvalente de 300 m² sont également prévus. Le budget du projet s’élève à 33 millions d’euros dont 27 millions par le Conseil Départemental et 6 par la Ville d’Orléans. La réalisation du projet est confiée à Archi5 Prod Facea Claude Mathieu associés. Le dossier de presse est téléchargeable ici. Le nom du nouveau collège était encore débattu en mai 2019 (voir les articles La République du Centre ici et ici).

Références

Auteur : J. Jacob

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I comme Immeuble

Immeuble : nom commun, masculin.

Quoi de plus commun, au cœur des quartiers Est et de l’Argonne à Orléans qu’un immeuble et quoi de plus masculin que ces habitations construites par des hommes oubliant un peu leur humanité pour bâtir vite.

Les « hommes de l’art » ont aussi laissé leur côté féminin qui aurait dû les ramener à la raison en atténuant les hauteurs et les concentrations trop denses.

Immeubles construits dans les années 50, 60 et 70 dans l’euphorie du toujours mieux mais aussi du toujours plus ; démolis pour certains dès les années 90 et encore aujourd’hui : le Clos Boudard c’est pour 2020 !

Rénovés, réhabilités et mieux isolés depuis quelques années ; les immeubles ont une vie !

Massacrés à la pelleteuse, comme la tour Massenet et ses 9 étages en avril 1998, explosés en deux fois avec un vacarme assourdissant pour les bâtiments de la rue François Couperin en Octobre 1993, la vie de ces immeubles n’a rien d’un long fleuve tranquille.

Massacre à la pelleteuse. La République du Centre, 7 avril 1998.
Argonne : deux boums et un grand vide. La République du Centre, 2 octobre 1993

Elle est comme celle de la Loire si proche, tantôt calme, tantôt agitée, mais jamais ces immeubles ne laissent indifférent.

Démolis, ils sont remplacés par des plus petits ressemblant plus aux maisons de ville du Centre tout proche. Ils attirent à chaque décennie de nouveaux équipements indispensables et qui manquaient : une mairie de proximité, un commissariat, une maison de la réussite et pour finir l’Argonaute salle de sports, de musique et de débats depuis 2017. D’autres restent à venir : un nouveau collège, une médiathèque plus grande, plus belle.

Les immeubles ont leurs amis : les équipements. Ils ne peuvent vivre l’un sans l’autre. Nous l’avions oublié…

Ils nous le disent ces derniers immeubles des années 60, derniers vestige d’une folle époque. Il va falloir « bichonner » ceux d’entre nous qui restent au côté de nouvelles habitations à venir et améliorer plus et mieux la gestion de proximité, le lien entre les hommes, l’emploi…

C’est à ces conditions qu’un immeuble vit !

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H comme Henri Lavedan

(repris de Wikipédia)

Henri Lavedan par Otto Wegener.

Fils du journaliste catholique Léon Lavedan, directeur du Correspondant, Henri Lavedan commença ses études au Petit séminaire de La Chapelle-Saint-Mesmin en 1867, alors dirigé par Mgr Dupanloup, évêque d’Orléans. Il débuta lui-même comme journaliste, collaborant au Figaro, au Gil Blas ou à l’Écho de Paris. Il donna de très nombreux articles à ces périodiques ainsi que des contes et des dialogues sur la vie parisienne, dont beaucoup furent ensuite réunis en volumes. L’un d’eux, la Haute, raille les aristocrates, inaugurant une veine que Lavedan allait ensuite exploiter largement sur la scène.

En 1890, il se tourna vers le théâtre en donnant avec succès à la Comédie-Française Une famille. En 1892, Le Prince d’Aurec (plus tard rebaptisé Les Descendants), fut refusé par Jules Claretie à la Comédie-Française mais applaudi au Théâtre du Vaudeville où il eut plus de cent représentations : l’auteur y développe un de ses thèmes de prédilection, la satire de la noblesse, accusée de frayer avec la haute finance juive.

Suivirent de nombreuses comédies brillantes et spirituelles : les Deux noblesses (1894), Catherine (1897), Le nouveau jeu (1898), Le Vieux marcheur (1899), Le Marquis de Priola (1902), tentative de transposition du mythe de Don Juan à l’époque moderne, Varennes (1904) (en collaboration avec G. Lenotre), Le bon temps (1906), L’assassinat du duc de Guise (1908). Il triompha avec le Duel (1905, Comédie-Française), pénétrante étude psychologique des relations entre deux frères en même temps qu’appel à l’apaisement au moment des déchirements induits par la loi de séparation des Églises et de l’État. Sa pièce l’Assassinat du duc de Guise (1908) fut la source d’un film du même nom, réalisé en 1908 par André Calmettes et Charles Le Bargy.

Au moment de l’affaire Dreyfus, il rejoignit le camp anti-dreyfusard et la Ligue de la patrie française, ligue anti-dreyfusarde modérée. Son nom côtoie les peintres Edgar Degas et Auguste Renoir, les poètes José-Maria de Heredia et Pierre Louÿs, le compositeur Vincent d’Indy, etc.

Après la Première Guerre mondiale, face à la transformation profonde de la société décrite dans ses comédies, Lavedan choisit de cesser d’écrire pour le théâtre. Il publie une chronique romanesque en 7 volumes (Le Chemin du Salut, 1920-1924), un essai historique sur Saint Vincent de Paul (Monsieur Vincent aumônier des galères, 1928) et des mémoires (Avant l’oubli) parus dans La Petite Illustration (1933-1938).

Il fut élu à l’Académie française, le 8 décembre 1898, en remplacement d’Henri Meilhac. En mars 1898 il se marie avec Mathilde Auguez, artiste lyrique, d’où une fille Geneviève (1886-1906).

Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (19e division).

A Orléans, une rue du quartier Est d’Orléans porte son nom, entre la rue Saint Marc et la rue du Faubourg de Bourgogne.

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G comme Daniel Gélis

Daniel Gélis dans son atelier en octobre 2019. Photo (c) L. Lordet

Daniel Gélis est né en 1942 à Orléans. Peintre de la transparence des lumières, il vit et travaille dans le quartier Saint-Marc. C’est à l’âge de douze ans, à l’occasion de la visite d’une exposition Van Gogh, à Paris, qu’il est séduit par la peinture. Sa première exposition à la Galerie de Saxe, à Paris, à 27 ans, lui ouvre les portes de galeries renommées. Après avoir étudié au Beaux Arts d’Orléans, puis enseigné l’initiation artistique, Gélis décide de se consacrer à plein temps à son art. Quatre thèmes l’inspirent particulièrement:  l’eau, les corps, les paysages et les scènes de vie, avec, toujours, cette recherche de la transparence. « ça toujours été un peu une obsession, j’ai toujours recherché la transparence par la lumière, une lumière que j’essaie de faire ressortir de la toile », confie l’artiste. Daniel Gélis expose dans le monde entier: à Paris et en province, à Amsterdam, Tokyo, Washington. A New York et en Allemagne, en Italie et en Suisse, au Canada, en Chine, à Singapour, à Tahiti et en Nouvelle Calédonie, en Côte d’Ivoire, au Gabon et au Sénégal. Plus de 120 expositions et sa présence dans de nombreuses collections publiques et privées témoignent du rayonnement de son œuvre et de sa grande notoriété sur le marché de l’art international. Lauréat de plusieurs prix, dont le Prix Jean Meunier du Gemmail et la Médaille d’Or du salon des Artistes Français, l’artiste a aussi illustré un recueil de poésies d’Alain Naud, « Pour l’oiseau bleu qui brûle ». Deux monographies ont été éditées sur sa peinture, « L’eau féconde du désir » et « Transparences et lumières rêvées ». Daniel Gélis, poète de la lueur et des présences, artisan de haute peinture, aime à se définir comme un peintre « transfiguratif ».

Auteur : L. Lordet

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F comme rue du Fil-Soie

La rue à géométrie variable

La rue du Fil-Soie a longtemps été la plus longue d’Orléans, traversant le quartier Est du Nord au Sud, entre grandes lignes droites et virages serrés, depuis la rue du Coin-Rond au Nord jusqu’à la rue Saint Marc au Sud, comme l’attestent les cartes d’Etat-major de 1820-1866.

Tracé le plus long qu’ait connu la rue du Fil-Soie après 1823 (date inconnue) et avant 1957 (en rouge). Fond de carte © Google.

L’origine du nom (sous la forme File-Soye) remonterait à 1277, en référence, sans doute, à une personne qui y habitait et dont le patronyme provenait de son métier, fileur de soie. Au XVIIème siècle, une propriété sur ce clos (le Château du Fil-Soie) donne le nom à un chemin.

Le Château de Fil-Soie. Source : Delcampe.net
Le Château de Fil-Soie. Source : Delcampe.net

Le cadastre Napoléonien fait mention en 1823 d’un Clos du Petit File-Soie et d’un Clos du Grand File-Soie, mais aussi du Chemin du Fil Soie. D’après les corrections apportées à ce cadastre, la rue du Fil-Soie résulte du regroupement de plusieurs chemins et rues : le chemin du Fil Soie (entre la rue du Petit Villiers et la rue du Coin Rond), une partie de la rue Saint Denis, le Chemin du Champ Bourgeois( ou rue de la Borde au Champs Bourgeois, au sud du croisement avec la rue du 11 novembre), la rue de la Fosse au Diable (correspondant à l’actuelle rue Pierre et Marie Curie et Malakoff), la rue de la Fontaine, et la rue de la Borde Creuse. La construction de la ligne de chemin de fer Orléans-Gien, mise en exploitation en 1873, réduit la partie la plus méridionale de la rue du Fil-Soie qui deviendra une portion de la rue Malakoff.

Dans les années 50, avec le boum démographique du quartier de l’Argonne et son urbanisation, la rue du Fil-Soie est encore morcelée. Par délibération du Conseil Municipal du 26 juillet 1957, il est établi que :

  • La partie de la rue du Fil-Soie située au Nord de l’Avenue de la Marne continuera à se dénommer « rue du Fil-Soie »;
  • La partie rectiligne de la rue du Fil-Soie entre l’avenue de la Marne et la rue du Colonel-O’Neil se dénommera « rue de Reims »;
  • La partie en courbe de la rue du Fil-Soie qui se trouve comprise entre la rue du Colonel-O’Neil et la rue de la Borde sera rattachée à la rue du Colonel-O’Neil qui aura ainsi son origine au carrefour actuel de la rue du Fil-Soie et de la rue de la Borde pour se terminer rue du Grand-Villers;
  • La partie rectiligne de la rue du Fil-Soie, comprise entre la rue Malakoff et le carrefour actuel de la rue de la Borde serait dénommée « rue de la Fosse-au-Diable », observation étant faite que cette partie de la rue correspond précisément au lieu dit « La Fosse-au-Diable »…

On apprend lors de la séance du 11 octobre 1957 que la requalification d’une partie de la rue du Fil-Soie en rue de la Fosse-au-Diable a été vivement critiquée par les habitants du quartier. Certains ont, en particulier, proposé à la municipalité qu’elle veuille bien renoncer à cette dénomination pour adopter celle de rue Pierre-et-Marie-Curie. Dans son intervention, le Conseiller Municipal Limouzi, qui a proposé le nom de Fosse-au-Diable, intervient de manière savoureuse : « Lorsqu’il s’agit de baptiser une rue nouvelle, M. le Maire et certains de nos collègues veulent bien me consulter. Ils me font ainsi un grand honneur en me prêtant une compétence et une érudition que je ne possède certainement pas. Je partage donc – à mon corps défendant – avec eux la responsabilité d’avoir proposé de nommer une partie de la très longue rue du Fil-Soie : rue de la Fosse-au-Diable. Je fais ici mon mea culpa car cela a déterminé une levée de boucliers dans le quartier intéressé. Il s’est trouvé 33 protestataires pour envoyer à M. le Maire et aux Conseillers une lettre véhémente alléguant que le nom proposé manquait de distinction. A notre dernière séance, notre distingué collègue Gombert a tenté d’éteindre cet incendie en précisant que c’était la rue du Paradis qui conduisait à la Fosse-au-Diable et l’on pouvait sous-entendre que la réciproque était vraie. M. le Maire a bien voulu compléter ce point de vue rassurant en disant que la rue du Paradis menait aussi au Cimetière. Dans ce cas, on peut admettre que la réciproque est moins vraie. Tout cela ne semble pas avoir convaincu nos concitoyens qui ont proposé en remplacement le nom de Pierre Curie. Je ne veux pas faire l’avocat du diable (sic !), mais je tiens à préciser que lorsqu’il s’agit de baptiser les rues nouvelles, nous cherchons ou à honorer des citoyens d’une particulière distinction, liés de façon plus ou moins directe à Orléans, ou – en fidèles gardiens des traditions – nous essayons de ressusciter de vieux noms pittoresques que nos aïeux avaient donné à leurs rues. Et autant que faire se peut en rapprochant ces noms des quartiers où ils figuraient jadis. C’était le cas pour la dénomination litigieuse car la Fosse-au-Diable était, paraît-il, à environ 200 mètres de la partie de rue dont il s’agit. Quant à ce diable, j’ai des raisons de penser que c’était un pauvre diable et que, s’il était sans distinction, c’est qu’il était sans notoriété. Mais ce devait être un bon diable car, à ma connaissance, il n’a jamais fait de mal à personne. »

S’ensuit un argumentaire pour nommer la rue non pas Pierre Curie comme cela était proposé initialement, mais il demande d’y associer sa femme, Marie Curie. Ici encore, le texte est savoureux, et sexiste : « J’ai pour ma part adopté d’enthousiasme le nom de Pierre Curie. J’ai seulement demandé qu’on ne le sépare pas de sa femme, Maire Curie, car ils furent unis, non seulement par les liens du mariage, mais dans la découverte du radium, dans le prix Nobel, dans la chaire du Collège de France et dans la direction de l’Institut qui porte leur nom et où je m’honore d’avoir été élève en 1923. Je précise, pour ceux d’entre vous qui l’ignorent, que la découverte du radium fut l’œuvre de Pierre et Marie Curie et de leur préparateur Brémond, qui travaillèrent jour et nuit, en se relayant dans le vieux baraquement qu’on leur avait abandonné, pour réduire les minerais de pechblende qu’ils avaient acheté de leurs deniers en Bohème. Et que la géniale découverte figure sur le cahier-journal de Mme Curie, entre une recette de confitures et la mention de la première dent d’Eve Curie. Ce qui prouve que Marie Curie était, non seulement un grand savant, mais aussi une cuisinière distinguée et une mère attentive. Je regrette seulement que nous n’ayions pu conserver qu’une toute petite rue à un aussi grand nom« .

En 2019, la rue du Fil-Soie a donc seulement conservé son nom au nord de l’Avenue de la Marne.

Références :

  • La Rue du Fil-Soie, morcelée au fil du temps. La République du Centre, 13/03/2012.
  • Brèves d’Argonne n°5, Mars 2000
  • Remonter le Temps – https://remonterletemps.ign.fr/
  • Fiches auxiliaires cadastrales des rues du Fil-Soie, Malakoff, Pierre et Marie Curie, de Reims, et du Colonel O’Neil. Archives Municipales et Communautaires d’Orléans.
  • Cadastre Napoléonien. Feuille n°2, Sections I et H. Archives Municipales et Communautaires d’Orléans.
  • Conseil municipal – Délibérations du 24 octobre 1868 au 13 juillet 1870 – 1D57. Archives Municipales et Communautaires d’Orléans.
  • Conseil municipal – Délibérations du 11 octobre 1957, Point 63 – 1D146. Archives Municipales et Communautaires d’Orléans.
  • Conseil municipal – Délibérations du 26 juillet 1957, Point 36 – 1D146. Archives Municipales et Communautaires d’Orléans.

Auteur : M.H. Hardouin et J. Jacob

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